[Note de lecture] Le mal de peau de Monique ILBOUDO

Une fiche de lecture d’Ophélie Konsimbo

Titre du livre : Le mal de peau

Auteure : Monique Ilboudo

Informations générales (Pays, Editeurs, date de publication) : Burkina Faso : Le serpent à plumes/imprimerie nationale collection motifs no 123, 2001. (254p). ISBN :2-84261-158-6. Roman format de poche.

L’auteur :

Monique Ilboudo à une séance dédicace de son livre “Si loin de ma vie”

Monique Ilboudo est titulaire d’un master en droit privé de l’université de Ouagadougou mais aussi d’un diplôme d’études supérieures de droit privé de l’université de Lille II. Par la suite elle obtiendra un doctorat en droit privé à l’université Paris-Est-Créteil-Val-de-Marne.

Fervente actrice de la société civile burkinabè, Monique Ilboudo sera rédactrice de la chronique ‘‘féminin pluriel’’ dont elle est l’auteure. Mais aussi on lui doit un organe peu connu à savoir l’observatoire de la condition de la femme Burkinabé.

Son engagement et son implication fervente dans la promotion des droits humains en général et des droits de la femme en particulier lui conféreront le poste de secrétaire d’Etat pour la promotion des droits humains en 2000. De fil en aiguille le secrétariat général devint ministère avec pour ministre premièrement désignée à ce poste : Monique Ilboudo.

Le genre :

Cet ouvrage appartient au genre romanesque. Il s’agit, comme on peut le percevoir à travers la lecture, d’une histoire largement romancée, ponctuée de lyrisme et teintée d’un réalisme poignant.

Le cadre :

L’écriture et la publication de ce roman s’inscrivent dans deux dynamiques distinctes et complémentaires. Il y’a tout d’abord le contexte temporel dans lequel ce roman est paru, à savoir celui du début des années 2000 qui annonçait un renouveau de la littérature africaine et de la place des femmes africaines. Car en plus de repartir aux origines du colonialisme, cet ouvrage nous plonge au cœur même de la situation sociale actuelle de nombreux Etats africains.

Le deuxième point de mire est incontestablement le vécu et l’expérience personnelle de l’auteur, en tant que femme, en tant qu’étudiante internationale et aussi en tant que mère dans la société burkinabè.

Les personnages principaux :

– Cathy : le personnage principal autour duquel s’articule l’intrigue. Jeune fille métisse étudiante burkinabè, loin de son pays, en quête d’identité et tentant de renouer avec son passé.

– Sibila : la mère de Cathy

– Missié « zenti » : le géniteur de Cathy

– Régis : le partenaire de Cathy

Résumé :

Cathy, jeune femme au teint caramel ne connaît aucun répit depuis sa naissance. A vrai dire, pour même remonter plus loin, elle ne fut pas conçue de la manière la plus commune qui soit. Effectivement, au pays des hommes intègres Cathy est à la fois totalement immergée dans les réalités de la vie du fait de la condition sociale extrêmement modeste de sa mère, mais aussi rejetée à cause de sa couleur de peau qui est à la croisée de deux mondes. Sa mère, une brave dolotière se démène à l’éduquer du mieux qu’elle peut.

Une fois son baccalauréat en poche, Cathy obtient une bourse d’étude lui permettant de se rendre à Paris afin de continuer son cursus. Le choc culturel fut sans appel Cathy découvre un pan du monde qui est inscrit dans sa chaire mais qu’elle ignorait depuis lors. Sa vie estudiantine fut ponctuée comme on l’imagine aisément de moments joyeux mais aussi d’évènements regrettables qui ne manqueront pas de la forger. Cathy a une obsession depuis son enfance : celle de retrouver son géniteur. Y parviendra-t-elle ? saura-t-elle se réconcilier avec son biculturalisme ? quels sont les évènements majeurs de la vie de Cathy et de sa mère ? les réponses s’offriront à vous au bout de ce livre poignant plein de vie, de tristesse, de mort, d’humour et d’espoir.

Thèmes principalement abordés et appréciation :

o Le viol

• Le fait même d’évoquer ce sujet pose un malaise. Malaise social dans une société que les tabous sont en passe d’étouffer. Car il y’a un silence. Un mystère sur le viol au Burkina Faso. Une honte jetée tout simplement, sur qui l’aurait subi et qui voudrait en parler. Faire revenir le mot « viol » à plusieurs reprises dans son ouvrage et même lui accorder une place centrale dans le déroulement de l’histoire est une façon pour Monique d’étaler en plein jour cet aspect malheureux que la société tente d’occulter au détriment des victimes. Victimes qui se retrouvent doublement lésées du fait de leur agression et du fait de ne pas pouvoir vraiment obtenir réparation de peur du jugement et de l’isolement. (On retrouve aussi cette intention dans son ouvrage droit de citer).

o Les familles recomposées/monoparentales

• Ici encore, il y’a une déconstruction du modèle de famille idéale véhiculée par les médias et la société. C’est à dire que l’on s’éloigne du schéma de la famille avec :un père chef de famille, une mère et des enfants qui vivraient au mieux dans le meilleur des mondes. La mère de Cathy est tantôt seule tantôt en couple, par son bon vouloir ou par la force des choses. Il y’a très clairement une volonté de parler de la structure familiale mais aussi de déconstruire les idées reçues sur la participation aux charges du ménage qui voudrait qu’il y’ait d’un côté les hommes qui sont perçus comme machines à sous, et les femmes faites pour entretenir l’intérieur. Cela est frappant car l’un des conjoints de Sibila fut chômeur, ce qui faisait d’elle l’axe financier et ménager du foyer.  La matriarche est la mère de Cathy, ce qui véhicule un message d’espoir et de soutien à tous ces hommes et femmes qui portent à eux seul le poids d’une famille.

o Les relations père-fille

Cette relation qui n’a jamais existé entre Cathy et son géniteur la trouble profondément. Monique Ilboudo, aborde le fameux thème des girls with « daddy issues » comme diraient les sociologues anglo saxons. A la lumière de la théorie de l’inconscient de Sigmund Freud nous pouvons essayer de comprendre pourquoi ce thème est si important.

En effet, selon Freud, (pour simplifier à l’extrême), dans le développement psychique de l’enfant le stade du complexe d’Œdipe est particulièrement important, du fait que c’est à ce moment-là que se construit une relation entre le parent de même sexe et celui de sexe opposé. L’enfant apprend donc à s’identifier voire s’assimiler au parent du même sexe que lui, quoi qu’il le déteste (car constituant le symbole des interdis) et déporte son amour sur le parent de sexe opposé. Lorsque l’un des acteurs psychiques manque, l’équilibre de l’enfant s’en retrouve bouleversé. Ainsi la relation avec les hommes s’en retrouve impactée. De ce fait Cathy tentera de revivre son complexe d’Œdipe toute sa vie, jusqu’à pousser le vice à l’extrême en tombant amoureuse d’un homme qui a les caractéristiques de son père.

o Les couples mixtes

Une approche loin des mièvreries romantiques classiques. Dans cette relation dépeinte par l’auteure, il n’est pas question d’eau de rose et de papillons. Le quotidien des couples mixtes est abordé de façon délicate mais sans filtre : racisme, rejet de la famille du conjoint, idées préconçues, difficultés à adopter certains aspects de la culture de l’autre.

o Le colorisme

Le colorisme, variante du racisme, héritée du colonialisme est la théorie selon laquelle il y’aurait une hiérarchie au sein d’un groupe d’individu appartenant au même espace géographique en fonction de leur pigmentation. Pour être plus précis, il s’agit de placer les personnes les plus claires de peau voire blanches au sommet de l’échelle et d’en faire un idéal de beauté et de réussite sociale au détriment des personnes plus foncées.

• De façon générale, la plupart des auteurs à titre d’exemple : Toni Morisson cf l’Œil le plus bleu ou André Brink cf une saison blanche et sèche. Traitent le sujet du colorisme soit par le haut de l’échelle en parlant des personnes blanches de peau, soit par le bas en ciblant les personnes foncées.

Monique Ilboudo change de perspective puisqu’elle appréhende le sujet par le milieu de l’échelle. Cathy n’est ni blanche, ni noire. Elle est café au lait comme dirait les enfants de la cour de récré. Son quotidien en est donc impacté. Elle est « lait » au Burkina Faso parmi ses camarades noirs de peau qui l’appellent « la blanche ». Et une fois arrivée en France elle devient soudainement « café », elle alors perçue comme noire exotique étrangère, féline et mystérieuse. Monique Ilboudo a donc explorer ce sentiment de double rejet.

o La vie des Petites et Moyennes Entreprises au Burkina Faso (plus précisément des propriétaires de cabarets et lieux de ventes et de production de bière de mil alias les dolotières).

• On entre dans le détail d’un produit Burkinabé typique : la bière de mil. L’ambiance chaleureuse et enjouée ne manquerait pas de nous décrocher un petit sourire. Mais entre les blagues de mauvais goût et la chaleur du cabaret, Monique Ilboudo pointe du doigt une activité économique répandue mais laissée à l’abandon sans réglementation. Ce qui rend ce métier pénible sur bien des plans : la tarification, la vente, le recouvrement des sommes impayées.

– Le choc culturel

– La vie estudiantine à l’étranger

Commentaires additionnels :

Ce livre d’un style académique se laisse lire aisément. Il est direct court et concis. Sa compréhension est donc relativement simple. Il s’adresse tant à des adolescents qu’à des personnes d’âge plus avancé. C’est sans doute pour cette raison que cet ouvrage a reçu le prix national de littérature au Burkina Faso.

Il est disponible dans de nombreuses librairies au Burkina Faso (librairie jeunesse d’Afrique, ou librairies derrière le restaurant Le Verdoyant neuf ou d’occasion) et partout ailleurs (FNAC, PAYOT, Amazon…).

Autres œuvres de la même auteure.

* Murekakete, le Rwanda écrire est un devoir de mémoire : Edition le Figuier and Lille, Bamako

* Droit de cité : être femme au Burkina Faso :  Edition du Remue-Ménage, Montréal

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