[Note de lecture] La noire de… Ousmane Sembene

Fiche de lecture d’Ophélie Konsimbo

Titre du livre : La noire de
Auteur : Sembène Ousmane

Informations générales (Pays,Editeurs, date de publication) : Sénégal, éditions présence africaine France , ISBN : 2-7087-0116-9 année 1962

Ousmane Sembene

L’auteur :
Sembène Ousmane, est comme qui dirait l’outsider de service. Celui qui, sortit de nulle part a finalement réussi à s’imprégner dans les mémoires. Notre auteur naît à Ziguinchor, qui aujourd’hui est une ville sénégalaise mais qui à cette époque était un petit village de campagne au Sud du Sénégal. Issu d’un milieu modeste (père pécheur et mère femme au foyer), il se voit contraint de se déscolariser à 13 ans afin d’intégrer le monde du travail. Il pratiquera une ribambelle de professions : mécanicien, maçon, docker, ouvrier chez Citroën…Puis lorsque vint la seconde guerre mondiale, il sera enrôlé dans le 6e régiment de tirailleurs entre 1942 et 1946.
Il acquière au fil du temps une passion pour la littérature et signera de nombreux romans et nouvelles auprès de maisons d’éditions localisées en France.
Il occupera également le poste de responsable syndical à la CGT (confédération générale du travail) en France. Puis pris par le mal du pays, il décidera de faire un retour aux sources, il visite le Sénégal et toute l’Afrique. A l’issue de ce voyage il décide d’embrasser la profession par laquelle il s’est fait connaître du grand public : celle de cinéaste. Pour se faire il se formera à l’école de cinéma de Moscou.
Il tournera son premier court métrage Borom Sarret en 1963, œuvre considérée comme étant la première production cinématographique réalisée par un africain. Il avouera préférer la littérature au cinéma mais il fit ce choix en partant du constat que le cinéma serait le moyen le plus efficace, le plus populaire pour toucher la population africaine post indépendance.
Ce que l’on peut dire de Sembène Ousmane c’est qu’il vivait son art et qu’il écrivait sa réalité, toutes ces œuvres découlent d’expériences personnellement vécues ou de constats. La noire de… dont il est question aujourd’hui est une œuvre littéraire qui a abouti sur une production cinématographique en 1966.

Le genre : nouvelle.
Le cadre : La noire de est la nouvelle emblématique du recueil Voltaïque de Sembène Ousmane. Il fut écrit en plein dans la période tumultueuse des indépendances Africaines.
La Gold Cost donna le top départ en 1957. Mais l’année 1960, fut celle des indépendances successives de nombreux territoires de l’Afrique Sub-Saharienne et de l’océan indien (Sénégal, Togo, Madagascar, RDC, Somalie, Bénin, Niger, Burkina Faso, RCI, Tchad, République Centrafricaine, Congo, Gabon, Mali, Nigéria, Mauritanie).
Les anciennes colonies lusophones n’accèderont à l’indépendance que tardivement dans les années 70. La Namibie étant le dernier territoire sous occupation coloniale à devenir indépendant.
Le colonialisme s’en étant allé, le néocolonialisme pouvait s’installer car le cordon ne fut pas coupé incessamment. C’est dans ce contexte de profond bouleversement des sociétés africaines dans des États embryonnaires emplis de pauvreté de mauvaise gouvernance et de complexe vis-à-vis de l’occident que Sembène Ousmane écrit la noire de…

Les personnages principaux :
Diouana : personnage principal, jeune fille habitant dans banlieue de Dakar et rêvant de partir pour l’Europe.
Madame et monsieur : coopérants français, employeurs de Diouana
La mère de Diouana
Le petit ami de Diouana

Résumé :
Diouana vit à la périphérie de Dakar, c’est une jeune fille comme tant d’autres. Elle habite dans la maison familiale avec sa famille élargie comme s’est souvent le cas au Sénégal. Comme les filles de son âge, Diouana a « un ami », qu’elle espère pouvoir épouser. Ce dernier est membre du Uhuru Movement, connu comme étant l’un des mouvements panafricains les plus importants de l’époque.
Seulement, la réalité financière se pose. Diouana aspire à une meilleure vie. Elle recherche activement du travail. Comme dit le dicton : qui cherche trouve. Elle finira par être embauchée par des expatriés français en tant que nounou.
Ces derniers lors de leur départ ne veulent pas se détacher de Diouana et lui propose de l’emmener avec eux.
La réponse ne se fait pas attendre, c’est un oui catégorique et sans réserve, malgré les avertissements et le refus de son cher et tendre « ami ». Diouana débarque en France avec des rêves de magasin, de belles terrasses, de créations de grands couturiers, de perruques, de mets raffinés et de soirées mondaines. Ces images ne peuvent pas mentir, elle les a vu dans les magazines de Madame sa patronne.
La désillusion fut sans appel. Diouana couve une dépression une fois arrivée en France. Elle travail incessamment, elle est un objet de curiosité pour les gens. Madame et monsieur organisent des diners pour les exhiber elle et sa cuisine. Un ami de ses patrons se permet même de l’embrasser car il n’a « jamais embrasser de négresse ». Diouana regrette son choix, elle se sent prisonnière, sa famille lui manque mais elle ne peut pas leur décrire la réalité qu’elle a choisis de vivre. Elle a honte, elle est acculée, elle n’en peut plus et décide de renoncer à ce choix de vie.

Citations :
« …Et j’enverrai ma photo à Dakar, et les autres crèveront d’envie »
« Je suis leur prisonnière ».

Thèmes principalement abordés :
La colonisation
Les indépendances
Le travail des femmes employées de maison
L’immigration
L’esclavage des temps moderne
Le racisme
L’art

Appréciation personnelle :
Il convient de préciser que cette nouvelle est inspirée d’un fait divers qui s’est déroulé à Antibes en 1958. Ce qui s’inscrit dans la ligne artistique de Sembène Ousmane qui aspire à être la plus réelle et parlante possible.
Le mérite de cette histoire est de pouvoir toucher tous les africains d’Afrique subsaharienne, quel que soit leur condition sociale. En effet nous connaissons tous dans notre entourage une ou un Diouana, une personne qui rêve d’Europe ou d’Amérique et qui serait prêt à tout pour y aller sans savoir les conséquences d’un tel départ.
En effet depuis 1966, la situation n’a guère évoluer . On pourrait même dire sans tromper qu’elle s’est empirée.
Si le racisme est toujours d’actualité en Europe et partout ailleurs, les conditions de vie se dégradent et la paupérisation est en pleine expansion. Ce qui pousse de nombreuses personnes à faire le voyage vers le « ventre de l’atlantique » comme dirait l’écrivaine sénégalaise Fatou Diome. Ainsi, la crise migratoire actuelle présagée par l’auteur n’est que la suite logique d’un système colonial ayant concentrer la richesse dans les métropoles, tout en la faisant miroité aux ex colonies. De meilleures écoles, de meilleurs salaires, de plus grandes opportunités.
Sembène Ousmane aborde aussi la question du racisme sous un angle différent. En effet si l’on peut percevoir du racisme dans « Thiaroye » (autre long métrage de l’auteur sur les tirailleurs sénégalais), sa manifestation est différente dans la noire de. Le racisme envers Diouana n’est pas violent, du moins pas physiquement on ne la brutalise pas. Mais on lui parle, on la regarde, on la touche. Elle est victime d’un racisme ordinaire banalisé. « Ce n’est pas si grave » dira sa patronne. Malheureusement c’est bel et bien grave d’être une bête de foire aux yeux du monde, de se voir traiter différemment sans trop savoir pourquoi et d’intériorisé un « fallacieux complexe d’infériorité » .
Pour finir, le brio de cette œuvre selon moi est d’initier le débat sur les conditions de travail déplorables des employés de maison en Afrique et hors de l’Afrique.
Cette situation nous rappelle celle des cueilleurs de tomates en Italie, mais aussi celle des filles africaines qui partent au moyen orient afin d’être des bonnes à tout faire. Ils sont victimes de tous les abus possibles : confiscation de passeports, viols, enferment, privation de nourritures, brûlures parle le feu et l’acide ainsi que de sévices corporels dans le même genre.
Nous avons presque tous chez nous, une « bonne », une « servante », une « fille », une « nounou ». Ces filles sont parfois des membres de la famille venue du village ou bien des filles que l’on va chercher par ci par là afin d’accomplir les tâches domestiques.
Elles travaillent souvent sans horaires établis, elles sont maltraitées, payées avec des salaires ridiculement bas, abusées, exploitées par des agences et licenciées sans préavis. L’absence d’un cadre législatif pour protéger les employées de maisons est significatif d’un manque d’intérêt généralisé. A travers ce livre, Sembène Ousmane nous appel à faire un auto examen de nos consciences mais aussi à nous responsabilisé afin d’éviter que les situations de ce type ne se répètent à l’infini.

Autres œuvres du même auteur
– Le mandat
– Les bouts de bois de Dieu
– Le docker noir
– Xala
– Le dernier empire
– Oh mon pays mon beau peuple

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