[Fiche de lecture] L’épine de la rose de Mathias Kyelem

Une fiche de lecture d’Ophélie Konsimbo

Titre du livre : L’épine de la rose

Auteur : Mathias Kyelem

Informations générales (Pays, Éditeurs, date de publication) : Burkina Faso, l’Harmattan 2e édition l’Harmattan 2009 234 p.

L’auteur : Mathias Kyelem est un romancier, titulaire d’une thèse en physiologie animale.

Le genre : Roman

Le cadre : L’auteur se place ici en observateur. Le cadre temporel importe peu puisque cette histoire pourrait se dérouler à tout moment, et partout en Afrique. Selon moi, le cadre qui sert de contour à ce livre n’est pas historique comme c’est le cas pour la majorité des œuvres jusque-là présentées, il est plutôt sociologique et anthropologique. Cet ouvrage à cela de particulier, qu’il se crée son propre cadre.

Les personnages principaux :

– La rose (Judith il me semble) : personnage principale, jeune fille de 16ans

– Les parents de Judith

– Les sœurs du couvent

– L’ami de Judith

Résumé : Judith est une jeune adolescente burkinabè typique. Elle vit chez ses parents, elle va au lycée. Elle cuisine avec sa mère. Judith a 16 ans c’est un bien bel âge pour aimer. Elle est éperdument amoureuse. Seulement elle n’y connaît rien à l’amour, personne ne lui en a jamais parler. L’amour est-ce une douce sensation ou plutôt un miel amer ? Et bien vous aurez la réponse au fur et à mesure que vous lirez le roman. La force des choses obligera Judith à grandir, à vieillir de façon précoce. Mais elle fut épaulée, entre autres par sa tante qui la recueille chez elle. Elle poursuivra sa petite vie, résolue, déterminée se fixant des objectifs et en les atteignant et en les surpassant progressivement les uns après les autres. Judith obtiendra son bonheur. Sans rien demander à personne. Elle l’arrachera.

Thèmes principalement abordés :

– La sexualité adolescente

– Les grossesses précoces

– La famille

– Les congrégations religieuses et orphelinats

Appréciation personnelle :

Ce livre est un coup de maître d’autant plus qu’il s’agit d’un premier roman. Les informations à propos de l’auteurs ne foisonnent pas, cela est déplorable car il mériterait que l’on s’attarde sur son style, sa prose, sa conception et sa vision. La préface de cet ouvrage est signée par la grande Aminata Sow Fall, femme de lettre sénégalaise, engagée politique dont les récompenses et les honneurs sont légions. Alain Mabanckou dira d’elle qu’elle est la « plus grande romancière africaine ». Elle dénonce entre autres le patriarcat, la paupérisation en Afrique et la mauvaise gouvernance. Cela donne un aperçu sur la qualité du livre. L’ambiance est bon enfant, on serait même tenté de s’endormir au début tellement tout est paisible. Mais ne vous laissez pas avoir par ce calme qui précède la tempête car l’on est vite pris d’étonnement, de rire, de colère, d’énervement. Trois thématiques majeures ont retenu mon attention. En premier lieu, la sexualité des adolescents est abordée. C’est un sujet tabou comme tant d’autres dans la société Burkinabè. Malgré qu’il y’ai des centres de planning familiaux, et des campagnes de sensibilisations, lorsque vient le moment d’avoir un débat familial à huit clos, les mots tarissent. La situation est gênante et délicate, mais au fur et à mesure que je lisais, je me disais que tout aurait été plus simple si Judith avait une seule fois entendue parler de sexualité avant de se lancer dans ce périple. Il se trouve aussi que les garçons ont plus de facilité dans l’achat des contraceptifs : préservatifs. Car il serait honteux pour une fille de faire la démarche d’aller en acheter. A force de choses non dites et de contraception inaccessible, les grossesses indésirées et la parenté précoce s’annoncent comme inévitables, puisque la sexualité adolescente ne disparaît pas. Elle devient incontrôlée. Ces deux phénomènes deviennent donc le signe apparent, c’est-à-dire l’arbre qui cache la forêt des problèmes ayant conduit à un tel résultat. Deuxièmement, ce qui m’a frappé ce sont les aspects de la culture permettant de renvoyer sans autre forme de procès une fille enceinte du domicile familial parce que comme dit le proverbe elle est « gâtée ». Ainsi on peut s’interroger sur le bien-fondé de cette coutume, moaga qui constitue en mon sens un abandon parental en bon et due forme. Je souligne cet aspect culturel comme étant propre aux Mossés car au sein des sociétés matrilinéaires comme les Lobis et Dagara, traditionnellement, la grossesse hors mariage n’était pas considérée comme un déshonneur mais plutôt comme un signe de fertilité de la fille, ce qui lui donnait encore plus de valeur. Malheureusement cette conception a disparu peu à peu du fait de l’expansion de la culture moaga et aussi de la précarité économique. Pour finir, c’est la résilience du personnage qui m’a frappée plus ce que tout. Son acharnement, sa détermination à vivre, son combat pour survivre. J’ai rarement vu dans la littérature un personnage féminin avec autant de force et de rebond. Sa vie est comme une rose décharnée : peu de pétales et beaucoup d’épines. Ce livre est l’un de ceux ayant bercé mon adolescence. Il m’a fait réfléchir, m’a fait m’émouvoir, me questionner mais surtout espérer. Espérer car comme dit Shakespeare : « si longue et si noire que soit la nuit, il vient toujours une heure où enfin le jour se lève ».

Autres œuvres du même auteur.

– L’envers du décor

– Les espiègles

Ophelie Konsimbo

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