[Fiche de lecture] Petit Pays de Gaël Faye

Une fiche de lecture d’Ophélie Konsimbo

Titre du livre : Petit Pays

Auteur : Gaël Faye

Informations générales (Pays, Editeurs, date de publication) : France, éditions Grasset, 2016

L’auteur :

Gaël Faye est comme qui dirait un « tout en un ». En effet, ce jeune homme de 36 ans naît à Bujumbura d’un père Français et d’une mère rwandaise. Il est chanteur, rappeur, compositeur, poète et écrivain. Suite au Génocide des Tutsi en 1994, il s’exilera en France où lui et sa famille éliront domicile. Il grandit en France où il étudiera, puis travaillera à Londres dans le domaine de la finance. Ce que l’on peut dire sur cet auteur c’est qu’il est un composé hétéroclite, qui a su capter différentes nuances et différentes cultures. Notre auteur nous offre son premier roman comme pour renouer avec sa terre natale qu’il a quitté si jeune, il nous invite à découvrir les joies de son enfance et les heures les plus sombres de son petit pays.

Le genre :

roman semi bibliographique

Le cadre :

Avant la colonisation, le Rwanda était formé d’une seule ethnie : Banyarwanda. Cette ethnie partageait le même territoire, les mêmes coutumes, la même langue et la même religion. La différence résidait dans le statut économique. Puis virent les colons allemands qui, quelques années plus tôt massacraient les peuples hereros de Namibie. Les colons Allemands ne firent pas long feu au Rwanda, cédant leur place aux Belges au début du XXe siècle.

L’adage « Diviser pour mieux régner » résume à lui seul la politique coloniale belge au Rwanda. Ils décident d’institutionnaliser les différences physiques. Pour se faire ils créent une fiction ethnique. Les Rwandais sont donc divisés en deux groupes Hutu et Tutsi. Les Tutsis , sont ceux qui ont des traits fins, un nez effilé, des cheveux bouclés, une peau plus claire. Les Hutus sont l’absolu contraire. Ce qui en soit est dénuer de sens puisque ces critères physiques ne sont pas vérifiables. Les colons ont poussé l’absurde à son zénith en érigeant ces critères physiques en caractéristiques ethniques. L’ethnie devient le marqueur social. Elle est inscrite sur les documents officiels, les cartes d’identité. Les Tutsis bénéficient des grâces des colonisateurs. Ils sont dits « supérieurs ». Ils occupent les postes importants, et constituent l’élite. Plus tard, les missionnaires commencèrent à accorder plus de pouvoir aux Hutus représentant 85% de la population. Il s’en suivra une vendetta sans précédent et une série de massacres entre 1959 et 1978. La tension est palpable, l’atmosphère est lourde, les rancunes sont perceptibles. L’évènement qui mettra le feu aux poudres sera le crash de l’avion présidentiel le 6 Avril 1994.

Le président Juvénal Habyarimana décède et le bouc émissaire est vite trouver : ce sont les Tutsis. Dès le lendemain, c’est le début du carnage. Avril 1994 marque le début de trois interminables mois de massacres continus et d’exactions en tout genre. Les voisins d’antan devinrent des bourreaux. Les Nations Unies retirèrent leurs troupes après avoir évacuer les ressortissants étrangers. La France, la Belgique et les États unis se retirent après avoir placer le décor et œuvrer à l’armement. Ainsi près d’un million de rwandais seront sauvagement assassinés en 13 semaines. Ce n’est qu’en juillet 1994 que le Front Patriotique Rwandais chassait le gouvernement Hutu, ce qui calma relativement la situation avant le processus de réconciliation nationale. Cette crise a rejailli sur le Burundi voisin, causant aussi des pertes d’une grande intensité. C’est imbibé de ce contexte douloureux, que la plume de Gaël Faye nous conte son récit.

Les personnages principaux :

• Gabriel : le personnage principal narrateur de l’histoire un petit garçon métisse d’une dizaine d’années

• La bande de quartier de Gabriel

• La famille de Gabriel : Sa mère, sa sœur son père

• Les employés de maison travaillant pour la famille de Gabriel

Résumé :

Gabriel est un grand garçon. C’est ce qu’il se dit du haut de ses 10 ans. Il vit à Bujumbura et aime bien son quartier. Il se plaît à regarder les bougainvilliers en fleur et à aspirer l’odeur des plants de citronnelle. Souvent sa vie est une routine affligeante, il veut des sensations. Pour se faire, il embête Anna sa petite sœur dans les limites des colères de son père. Dans le quartier il y’a des bandes rivales. Qui se font la guerre, qui se battent, qui veulent avoir le contrôle de la zone. Le programme des activités de la bande à Gabriel se fait dans un vieux combis Volkswagen qui leur sert de quartier général. Ce programme ne varie pas beaucoup : chapardage de mangues chez la voisine pendant qu’elle a le dos tourner, discussions et surtout bagarres sur bagarres. Un jour Gaby découvre la littérature grâce une retraitée d’origine grecque : madame Economopoulos. C’est un nouvel univers qui s’offre à lui et ce n’est pas si ringard qu’il le pensait. Mais tout ne se passe pas bien dans sa famille, d’ailleurs ça à l’air contagieux, les gens deviennent bizarres. Leur regard n’est plus le même, il y’a des éclats de voix mais ce ne sont pas les rires de sa fête d’anniversaire. La radio qui passait jadis de la musique annonce des nouvelles cauchemardesques. Que sont devenus les bruyants cabarets ? Pourquoi les rues n’ont plus le même aspect ?

Citations :

« Comme un aveugle qui recouvre la vue, j’ai alors commencer à comprendre les gestes et les regards, les non dits et les manières qui m’échappaient depuis toujours »

« Le génocide est une marée noire ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie »

Thèmes principalement abordés et appréciation personnelle :

– L’enfance

– L’amitié

– La famille

– Le génocide rwandais de 1994

– L’exil

Ce livre est un exutoire, une libération. Gaël Faye précise qu’il ne s’agit pas de son histoire, c’est une fiction. Néanmoins il ne nie pas s’être quelque peu inspirer de sa propre vie pour l’écriture de ce roman.

Il a reçu de nombreuses éloges, chose n’est pas coutume pour les premiers romans. Taubira dit pour décrire le style de Faye qu’il est « svelte et aigüe ». En effet la particularité de cet auteur est sa précision d’une netteté extrême. Les bons mots, aux bons moments pour faire les bonnes descriptions et nous faire vivre les plus belles sensations. L’on se perd dans les saveurs de l’enfance, dans les repas chauds et les éclats de rire des cabarets. On se retrouve dans la poussière salissante de ce quartier, on repense à tous ces bonbons achetés dans les kiosques. Dans sa chanson qui porte le même titre que son roman Gaël Faye dit : « petit pays quand tu pleurs je pleure quand tu ris je ris quand tu meurs je meurs, quand tu vis je vis ». C’est exactement les stades par lesquels je suis passée en lisant ce livre. Ce roman est encore plus magistral dans sa portée. Il nous fait comprendre que le bonheur est parfois banal, ennuyant, qu’il réside dans des choses futiles, dans une routine d’une simplicité absolue. Le bonheur c’est le simple fait de ne pas avoir à se questionner sur le fait de savoir si l’on est heureux ou pas. Et Gaby a dû commencer à se questionner trop tôt. Il ne comprenait pas, il ne pouvait pas comprendre. C’est à ce moment-là que son bonheur l’a quitté. L’exemple du Rwanda nous sert d’illustration tragique aux conséquences du tribalisme. Il convient donc de tirer des leçons du passé car encore aujourd’hui en Afrique, d’Est en Ouest, du Nord au Sud, l’ethnicisme et le népotisme font rage. Un évènement malheureux n’est jamais loin, il suffit de quelques mots mal placés et de certaines actions pour que les rancunes ressurgissent et détruisent notre humanité. Gaël Faye dit encore dans sa chanson : « petit pays te faire sourire sera ma rédemption ». C’est pour cela qu’il s’est installé au Rwanda. Je pense que cela est bien dit et nous devrions nous mettre à la tâche afin de tous faire sourire nos petits pays que je suis sûre, nous aimons beaucoup malgré tout.

Autres œuvres du même auteur :

– Albums de musique :

• Pili pili sur un croissant au beurre :2013

• Rythme et botanique : 2017

• Des fleurs : 2018

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