[Fiche de lecture]: Une si longue lettre de Mariama Bâ

Titre du livre : Une si longue lettre 

Auteure : Mariama Bâ 

Informations générales (Pays, Éditeur, date de publication) : Sénégal, Le Serpent à Plumes (12 octobre 2001), Collection : Motifs,164 pages

L’auteure :​

Nul besoin de présenter celle dont les œuvres ont imprégné l’histoire de la littérature de manière indélébile. Née à Dakar en 1929, elle intègre l’école française puis l’école normale supérieure de Rufisque. Ce qu’elle a d’original, c’est le fait d’avoir su romancer sa vie et celle de son entourage immédiat au point d’en faire un monument de la littérature africaine. Polygamie, violences conjugales, relations hommes-femmes, dépression, grossesses précoces, castes etc. Il n’y a aucun thème sensible où sa main ne passe et repasse. Avec son style épuré et sa concision inégalée, elle arrive à dire tant de chose en peu de mots c’est pour cela que son premier roman une si longue lettre est un ouvrage inscrit au programme scolaire dans de nombreux pays d’Afrique Subsaharienne. Sa deuxième production livresque intitulée un chant écarlateparaît malheureusement à titre posthume. 

Le genre : roman épistolaire 

Le cadre :

L’année 1960 marque l’indépendance de 17 pays d’Afrique Subsaharienne.

La déception des femmes fut sans appel. Elles s’étaient nourries de marxisme, de libération, de socialisme et de mouvement abolitionniste. Mais force était de constater que l’indépendance de l’homme africain consolidait la dépendance de la femme africaine. La brimade fut double puisqu’elles devaient travailler en plus de s’occuper du foyer sous l’œil réprobateur de la tradition. De nombreuses femmes comme les normaliennes, Mariama Bâ et Aminata Sow Fall à titre d’exemple nourrissaient des espoirs de libération et dénoncèrent les mariages forcés, le lévirat, l’avortement par manque d’accès à la contraception, la mortalité maternelle vertigineuse, les violences conjugales, l’excision, l’exclusion des « sorcières » et des femmes séropositives, la polygamie et bien d’autres inégalités. Une si longue lettre est le fruit d’une analyse minutieuse de la société et de la conception de la famille sénégalaise sous le soleil des indépendances.

Les personnages principaux :- Ramatoulaye : la narratrice – Aïssatou : la meilleure amie de la narratrice – Modou Bâ : époux de Ramatoulaye – Mawdo Fall : meilleur ami de Modou

Résumé :

Une si longue lettre est la confidence d’une femme à sa meilleure amie en 28 chapitres structurés. Ramatoulaye a tant de choses à dire à Aïssatou sa sœur de cœur qu’elle surnomme affectueusement la bijoutière au cœur d’or. Elle tarde de la revoir et de pouvoir lui raconté à quel point sa vie a changé. Modou Bâ, l’amour de sa vie est décédé laissant en elle une amertume refoulée. Trop de non dis trop, de souffrances et de larmes silencieuses s’expriment enfin à travers ces mots.

Citations :

« L’amitié a des grandeurs inconnues de l’amour. Elle se fortifie dans les difficultés, alors que les contraintes massacrent l’amour. Elle résiste au temps qui lasse et désunit les couples. Elle a des élévations inconnues de l’amour ».

Thèmes principalement abordés et appréciation personnelle : 

Cet ouvrage peut se résumer à une citation tirée du même livre :

« La confidence noie la douleur ». A travers ces pages, la narratrice nous fait plonger dans son monde. Nous nous réjouissons de son mariage, nous sommes affligés par son deuil, nous nous révoltons face aux confidences qu’elle fait à propos de son quotidien.  

Cette œuvre est à mon sens un classique jusqu’à présent inégalé pour trois raisons principales. 

Tout d’abord parce que de près ou de loin nous avons déjà entendu parler de cette œuvre. 

Deuxièment parce que le choix des mots est d’une précision saillante et poignante. Tant de choses sont dites en si peu de mots. L’ouvrage est clair et concis de ce fait il est destiné à de nombreux lecteurs appartenant à des tranches d’âges différentes. La profession d’institutrice de l’auteure rejaillit à travers sa rigueur dans la rédaction.

Enfin, cette œuvre best-seller se distingue par les thématiques qui y sont abordées. 

Il est question du mariage, mais pas du simulacre de mariage, il est question d’une union qui donne souvent du vin et qui tourne parfois au vinaigre. Tromperies, violences, délaissement, abandon de domicile, dépression constituent le lot de Ramatoulaye. La maternité est aussi abordée sous de nombreux angles. 

Le rapport à la maternité est dépeint sous plusieurs aspects comme on peut le voir dans la relation entre Ramatoulaye et sa mère, Ramatoulaye et ses enfants et bien d’autres que je suis sûre vous êtes impatients de découvrir. Il est aussi question des belles mères cauchemardesques qui donnent des nuits blanches aux épouses de leurs fils. 

Le sujet de l’éducation sexuelle des jeunes est abordé, ainsi que celui du tabagisme adolescent ce qui pour l’époque était un parti pris osé. 

L’œuvre fait une grande place à la polygamie, qu’elle soit imposée ou en quelque sorte choisie ou consentie, cette pratique soulève de nombreuses autres thématiques.

La précarité économique n’est pas en reste car, elle est partout dans l’œuvre, tantôt occasionnelle tantôt permanente, témoignant de la lutte pour la survie de nombreux citoyens Sénégalais. 

Il serait impossible de faire une liste exhaustive des thématiques abordée car l’œuvre est d’une richesse digne de Crésus. Si cette œuvre décrit la place de la femme dans la société sénégalaise dans les années 70-80, quelles sont les évolutions, stagnations et régressions actuelles ?

Vous percevrez certainement entre les lignes le conflit générationnel entre Ramatoulaye et ses enfants, les problèmes de castes, les effets de la pression familiale mais surtout la combativité d’une femme ébranlée qui refuse l’anéantissement. Elle achève le livre sur ces paroles :

« C’est de l’humus sale et nauséabond que jaillit la plante verte et je sens pointer en moi, des bourgeons neufs.

Le mot bonheur recouvre bien quelque chose, n’est-ce pas ? J’irai à sa recherche. Tant pis pour moi, si j’ai encore à t’écrire une si longue lettre… ».

Autres œuvres de la même auteure.

Un chant écarlate, Les Nouvelles Éditions Africaines du Sénégal 1981

Ophélie Konsimbo

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