[Opinion]: Je suis une fille, dans une famille Burkinabè.

Nous allons clôturer le mois de Mars avec une série de textes de personnes souhaitant partager leurs expériences de la famille au Burkina Faso.

Je suis une fille, dans une famille burkinabè

Dans le cadre des activités du mois de la famille initié par Radio Miirya, je viens m’adresser à vous à travers ce billet.
Je m’exprime en tant que fille parce que j’en suis une mais ce que je vais déclarer doit être contextualisé. En effet, je suis une fille dans une famille burkinabè. Lorsque je dis « je » gardez en tête que ce « je » est inclusif. « Je » désigne 50,03% des vingt millions d’habitants du Burkina Faso. En disant « je », je veux dire « nous », je veux dire « vous », je veux dire « elles ». Sans vouloir m’approprier le vécu de l’entièreté de la gente féminine au pays des hommes intègres, j’espère que mes observations et mes expériences trouveront écho dans celles de nombreuses autres filles.
Je suis une fille dans une famille burkinabè. Je suis née un jour, quelque part dans une ville ou un village et je réside sur ce territoire qui s’étend sur 274.200Km2.
J’aimerai vous dire que comme près de 70% de la population féminine, j’ai subi une violence pour des raisons sociales converties par la suite en raisons religieuses afin d’éviter les oppositions. J’ai été excisée.
Mais j’aimerai aussi vous dire qu’en terme de répression de cette pratique barbare, le Burkina Faso est le pays d’Afrique subsaharienne qui mène le combat le plus actif et le plus engagé. En 2015, en tant que fille burkinabè j’avais 80% de chance de me faire excisée lorsqu’en 2018 ce pourcentage a été réduit à 67,6%. Il y’a aussi de nombreuses campagnes de reconstructions gratuites grâce aux efforts inlassables des membres du corps médical.

Je suis une fille dans une famille burkinabè, savez-vous qu’en ville tout comme en province subsistent les mariages forcés et arrangés ? Et que dans certaines régions rares sont les filles de 15 ans qui ne sont pas encore mariées ?
Je suis une fille dans une famille burkinabè et ma mère est mon plus grand modèle. Mon admiration pour elle est si grande que seul le ciel pourrait la contenir. Parlant de ciel, mon père la battait et je l’ai vu peu à peu mourir. Ma mère ne disait mot car sa mère avant elle lui avait répété ses mots : « une femme doit savoir supporter ». Je l’observais chaque jour rentrer du marché ,du bureau, , du salon, de l’hôpital, de l’école. Elle était complètement exténuée et se mettait à balayer, cuisiner, nettoyer, nous faire rire et nous coucher.

Je suis une fille burkinabè et j’ai du mal à avoir une complicité avec mes parents. Ma mère ne veut pas aborder certains sujets avec moi. Nous ne parlons jamais de sexualité, j’ai peur de lui dire mes secrets je ne veux pas la fâcher. Elle ne m’a jamais dit que j’étais belle et j’en ai souffert, elle ne me disait pas qu’elle avait confiance en moi. Quant à mon père, il est le repère. Dans certains cas il nous a abandonné, dans d’autres il est là mais son travail l’a absorbé. Il s’occupe de moi du mieux qu’il peut mais j’avoue aussi le craindre un peu.

Je suis une fille burkinabè et j’ai subi un viol. Ma plainte n’a pas abouti tout comme les nombreuses autres qui ont été étouffées parce que « c’est la vie », « il faut pardonner » ou encore « c’est la honte de la famille ».

Je dois vous dire pourquoi ma grande sœur ne travaille pas. Ma chère grande sœur n’a pas d’emploi parce qu’elle refuse les avances à peine voilées des patrons.

Je suis une fille dans une famille burkinabè et ma grand-mère m’a donné mes premiers bains, elle m’a élevé elle a pris soin de moi, elle est l’un des piliers de notre famille. Aujourd’hui, elle a un cancer du sein qui la ronge, et nous restons là à la regarder impuissants faute de moyens pour la faire soigner.

Je suis une fille burkinabè et j’envie mon frère. Il a le droit de se définir, il a le droit de se construire et moi j’ai l’obligation avant tout de me marier. Certes, je vais à l’école, mais mes études ne sont pas une finalité. A un moment, je dois arrêter parce qu’on me répète qu’aucun homme ne voudra d’une fille qui connait ses droits. Tout comme ma cousine, je vais me marier, je vais faire une grande fête, je vais enfin pouvoir être appelée « madame ». Me suis- je mariée pour les bonnes raisons ? Je répondrai que parfois oui, parfois non.

Je suis une fille Burkinabè et je suis tombée enceinte alors que je résidais au domicile de mes parents. Ils m’ont mis à la porte sans autre forme de procès. Je me suis sentie déboussolée, rejetée, honteuse, pestiférée. J’ai également des amies que leurs mères font avorter. Malgré sur la place publique ce débat est occulté.
Je suis une fille dans une famille burkinabè et ma plus grande peur est de ne pas pouvoir enfanter. Aux yeux de cette société, il y’a un une reconnaissance à laquelle je ne pourrai jamais accéder. Si je suis infertile je serai honnie, moquée, dépréciée, dédaignée.

Je suis une fille dans une famille burkinabè et je vis dans une société qui me pousse à me dépigmenter pour ensuite m’accuser. Est-ce totalement ma faute ? quels sont les critères auxquels vous penser en entendant le mot beauté ?

Je suis une fille dans une famille burkinabè et lors de ma participation à un concours de beauté, je me suis faite traiter de prostituée de fille de basse moralité lorsque tout ce que je voulais c’était faire une activité pour m’amuser, pour la compétition ou encore pour en faire mon futur métier.

Je suis une fille dans une famille burkinabè et je suis jalouse, envieuse de celles qui réussissent, je calomnie ces femmes qui ont tout ce que je n’ai pas. Je les vois comme des adversaires et non comme des sources d’inspiration et de progression.

Je suis une fille dans une famille burkinabè et les femmes qui m’entourent ont toujours le sourire. Mes tantes, mes cousines, mes amies me transmettent toujours leur joie de vivre.
Elles s’organisent en collectivités et en associations. Elles se regroupent pour discuter, se soutenir et pour faire bouger la société.

Je suis une fille dans une famille Burkinabè et je suis tout ce que vous savez sur moi.
Mais suis aussi tout ce que vous ne savez pas et je suis tout ce que vous n’imaginez même pas.

Ophelie Konsimbo

#Miirya #Mars #LaFamille #Burkina #Femmes
#CULTIVONSNOTREJARDIN

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