[Édito – Novembre]: Tradition et développement


Par Ophelie Konsimbo.
En toute chose l’excès nuit… sauf en matière de parenté à plaisanterie

La vie est difficile. Cependant, je n’ose pas imaginer quel fardeau représente le fait d’être Samo. Je le dis tout d’abord parce que c’est la vérité absolue mais aussi parce que je suis de l’ethnie Moaga et que les membres de l’ethnie Samo sont mes parents à plaisanterie.
Sanankouya, Rakiré et bien d’autres termes sont des mots utilisés dans plusieurs langues pour définir cette pratique. Mais d’où vient cette habitude ? quelle est sa signification et en quoi est-elle utile à la société burkinabè ?
La trace la plus ancienne (retracée par les griots) de la parenté à plaisanterie remonte au moment de la fondation de l’empire du Mali par le très célèbre Soundjata Keïta. Cet empire était composé de nombreuses ethnies qui avaient des rapports souvent conflictuels et tendus, la parenté à plaisanterie fut instaurée avec pour but premier de « détendre l’atmosphère » et d’éviter des querelles incessantes qui auraient menacé la tranquillité de l’empire. La définition de cette coutume découle donc de son origine : il s’agit d’une institution visant à assainir les rapports sociaux. On peut dire à titre de comparaison qu’elle faisait partie des articles de la Constitution orale de nos sociétés. Elle permet de pouvoir proférer des insultes, des blagues, ou des propos taquins à l’endroit d’un certain groupe de personne sans que cela ne les vexe. Pourquoi ?
Parce que c’est comme ça. Elle est érigée au rang de loi. Cette loi permet de s’exprimer d’une façon hors norme qui aurait été source de mésententes dans un autre cadre. Se moquer des particularités physiques, des habitudes alimentaires ou des traits de caractère de son parent à plaisanterie c’est une manière de se rapprocher de lui, tout en disant tout haut ce que l’on pense tout bas sans l’intention d’entrer en guerre. Les parents à plaisanterie se taquinent dans la vie de tous les jours mais jadis, il y avait des joutes oratoires sur la place publique (comparable à des battle de rap) où la provocation et l’ingéniosité devait être déployée. Pour cela il faut connaître à la fois son ethnie et celle de son parent à plaisanterie.
Elle se présente sous plusieurs formes en Afrique de l’Ouest et dépendamment des situations les usages et les codes sont différents. La parenté à plaisanterie se manifeste au sein du même groupe ethnique ou de la même famille ou de façon exogène à son groupe ethnique (quand elle inclut une autre ethnie).
Au sein du même groupe ethnique, des tensions pour la succession au trône ou diverses autres raisons peuvent nécessiter l’instauration d’une parenté à plaisanterie. C’est le cas des Ouattara et des Coulibaly du Burkina Faso appartenant à l’ethnie sénoufo. Dans la même famille, la parenté à plaisanterie est déployée pour assouplir l’autorité pesante des plus anciens. Ainsi, les grands parents sont les parents à plaisanterie des petits enfants à qui ils pardonnent presque tout. La belle-sœur (femme du frère ou de la sœur) est aussi une parente à plaisanterie qui peut de ce fait avoir une relation complice avec les frères et sœurs de son époux afin de faciliter son insertion dans sa nouvelle famille. La parenté à plaisanterie par cousinage existe elle aussi entre les cousins paternels et les cousins maternels.
Pour ce qui est de la parenté à plaisanterie hors de son groupe familial ou de son ethnie, elle concerne souvent des groupes ethniques opposés. Pour des raisons de conquêtes territoriale, d’épousailles d’une femme appartenant à une autre ethnie, ou autres querelles inter-groupales. En fait, elle est utilisée ici comme dans l’empire du Mali pour rendre la pilule de la cohabitation moins amer. L’exemple des Moaga et des Samo est très bien connu c’est une histoire de peuples envahisseurs et de peuples autochtones qui sont contraints de vivre ensemble. Celui des Peul et des Bobo l’est aussi, il s’agit de l’éternel conflit entre les éleveurs nomades et les agriculteurs sédentaires. Ces peuples opposés se voient forcés de vivre ensemble et sont dans l’obligation de composer avec la peur de l’inconnu. La raillerie de la différence de l’autre qui représente cet inconnu qui peut faire peur parce qu’elle est nouvelle ou déranger parce qu’on ne s’y retrouve pas a de nombreux bienfaits. Cela ne résous pas tous les conflits mais elle les apaise grandement.
Au moment de la mort d’un allié à plaisanterie, le rôle de l’ethnie concernée est de rendre moins douloureux l’évènement tragique pour la famille du défunt en la faisant rire mais. Il y’a aussi a une certaine symbolique mystique dans les rites funéraires. Parents à plaisanterie jusque dans la mort.
Cette pratique semble être simple mais elle est très technique et contient des usages qui sont malheureusement en train de se perdre car ils sont détenus par des anciens. Les jeunes générations la relèguent au second plan. A défaut de faire de cette pratique une pratique centrale comme c’était le cas autre fois, il serait utile que les institutions éducatives intègre au moins un petit bout de programme pour expliquer son importance au sein de notre société. Et pourquoi ne pas l’adapter à notre contexte actuel. Elle est vitale à la paix sociale car de nombreux anthropologues ont fait le lien entre la disparition de la parenté à plaisanterie et l’apparition des conflits ethniques comme nous démontre l’exemple tragique des Hutu et des Tutsi.
Nous en sommes loin mais connaissez-vous réellement vos parents à plaisanterie ? Pour certains oui pour d’autre non je suppose. Vous n’avez plus d’excuse car le joli tableau ci- dessous vous aidera à vous guider. Qu’attendez-vous ? A vos marques, prêts ? Plaisantez!

#MiiryaProd #Novembre #Radioamiirya

Tableau de André Nyamba dans son article intitulé : « Les relations de plaisanterie au Burkina Faso, un mode de communication pour la paix sociale »

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