[Opinion]: Éduquer ou périr

Par Hugues Flavien Nare

Une fois de plus la charge, que dis-je l’honneur m’est donné d’effectuer une socialisation implicite par ce canal en ligne : Radio Miirya. Ce mois est consacré aux thématiques conceptuelles que sont « éducation et chômage ». Tant d’interrogations en découlent. Car étant d’actualité et contextuelle dans notre très cher BURKINA FASO. En effet, le système éducatif est décrié de tout part, tant au niveau des professionnels de l’éducation, au niveau des sujets/acteurs (élèves, étudiants) qu’au niveau des incultes. Ce qui est fort normal car l’éducation est le socle de toute société qui envisage un développement. A cet effet, Un historien burkinabè, pour montrer la place prépondérante que doit avoir la socialisation pour une nation, a titré son ouvrage paru en 1990  « Eduquer ou périr ». Dans cet ouvrage l’auteur, Joseph Ki-Zerbo, replace l’éducation au centre des attentions des gouvernants. C’est à cette période à la conférence de Jomtien que l’éducation pour tous, a été relevée comme défis majeurs à atteindre. Défi qui jusqu’à ce jour n’est atteint. Aussi, au fil des années, un constat se laissait entrevoir la formation académique dans les anciennes colonies n’est rien d’autre qu’un « copier-coller » du colonisateur. Dont les objectifs étaient dans un premier temps de former une élite de collaborateurs prioritairement au service de la métropole; ensuite, des commis et autres cadres subalternes au service des colonies plus ou moins autonomes, et enfin des cadres moyens et supérieurs pour développer l’économie des États indépendants au début des années 1960 (Savadogo, 2013). Une tropicalisation du système éducatif sied. Pour ce fait, au pays des hommes intègres plusieurs restructurations du système éducatif ont été enclenchées. Retenons qu’à ce jour c’est la Loi n° 013-2007, adopté le  30 juillet 2007,  portant loi d’orientation de l’éducation au Burkina Faso, qui régule notre système éducatif. Dis système qui souffre toujours d’autocritique et de critiques. Rien que ce mois-ci si je ne m’abuse une lettre ouverte au ministère de tutelle fut publié sur cette plateforme montrant le déphasage du système éducatif et l’insertion professionnelle des Burkinabè.

Me concernant après ce rappel historique, je m’attarderai plus sur une synthèse de théories portant sur ces deux concepts qu’est l’éducation et le chômage. Pour ce fait, je convoquerai certains auteurs pour illustrer mes propos.

Que puis-je dire sur l’interaction qu’il y a entre l’éducation et le chômage ? Plusieurs personnes récusent le système éducatif. A cet effet, qu’il n’est l’ombre de lui-même et qu’une tropicalisation idoine se doit d’être dans un délai court. A un certain moment je pensais pareille. Car l’école se veut être ce lieu démocratique ou le savoir est accessible à tous. Après une certaine réflexion sur le sujet l’aspect démocratique de cette structure est du moins un leurre. Assertion tenue par les tenants de la « reproduction sociale » de Bourdieu et Passeron. Qui estiment que l’école est un lieu de reproduction des inégalités sociales. Pour faire « terre à terre », l’éducation transmise au sein des écoles ne fait que raffermir les positions sociales des individus de la société. Ainsi, selon leurs réflexions la naissance influe sur ton éducation. Ainsi on y lit les chances d’accéder à l’enseignement comme le résultat d’une sélection qui tout au long du parcours scolaire, s’exercera avec une rigueur très inégale selon l’origine sociale des sujets. L’enfant d’une personne aisée financièrement a plus de chance de réussir à l’école et de réussir son insertion professionnelle. Car il bénéficie de ce que ces auteurs nomment le « capital ». Ce qui n’est pas le cas de l’enfant de la plèbe. Le capital n’est pas uniquement matériel, il est social mais aussi culturel. Au niveau social, ces auteurs font références aux connaissances, aux réseaux d’amis que la naissance confère a tout un chacun. Au niveau culturel, les habitus ne sont pas les mêmes, l’enfant du « riche » aura une certaine tendance à côtoyer et à se familiariser aux différents arts souvent à les manier (voyage, rencontres,…). Ce qui n’est pas le cas de l’enfant du pauvre. Qui lui connaitra ceux-ci qu’à travers l’école. D’où déjà son désavantage. Autrement dit la réussite scolaire dépend d’une gestion rationnelle du capital social et culturel. En résumé la thèse de Bourdieu soutien que l’école consacre les inégalités, c’est-à-dire qu’elle les sanctionne et légitime ; transforme les inégalités de faits (disparités à travers le capital social et culturel selon la naissance) en inégalités de mérite (réussite sociale, insertion professionnelle). De manière contextuel, dans nos sociétés dites traditionnelles, l’initiation est effectuée par l’ensemble des enfants de la société selon des prérequis. Mais après l’apprentissage commun, chaque enfant selon la position sociale de ses parents aura une éducation en son rang social pour une certaine pérennité de la vie sociétale. Juste ce raccourci socio anthropologique pour montrer l’aspect voilé de « l’éducation moderne » qui a été érigé pour remplacer l’éducation traditionnelle. Car l’école donne les mêmes chances à tous d’atteindre une position sociale. Pour dire qu’il ne suffit pas de changer le système tant que les individus se contenteront de vouloir garder leurs privilèges. Ils reproduiront un autre pour protéger leurs intérêts.

A contrario, à la théorie de Bourdieu, Boudon voit en l’inégalité de chance une manière de nier la liberté des individus. En effet, Boudon par le paradigme « d’individualisme méthodologique », propose d’analyser à partir des stratégies individuelles mise en avant car il dit « l’école est neutre ». Pour lui les résultats scolaires dépendent des stratégies usitées en fonction de l’origine sociale par les individus. Aussi il faut noter en définitive que Boudon épouse l’idée des inégalités des chances n’ont pas dans un système de discrimination automatique mais dans un système de stratégie individuelle pour réussir. Tout individu est rationnel. Donc selon une position sociale à l’individu est capable d’utiliser adéquatement son éducation pour atteindre ses objectifs professionnels.

A ces deux théories des holistes et des individualistes, une troisième mérite d’être évoquée. Car elle est la seule qui se veut un palliatif aux dérives de notre système éducatif. Les deux autres étant plutôt des théories explicatives des dérives de l’éducation avec la hausse du chômage. Celle du « tertairisme » et du « développement endogène ». Rappelons que c’est une fusion personnelle des idées de Bado et de Ki-Zerbo. Ceux-ci fondent leurs théories par l’introspection des ressources de nos terroirs. Vivre tout en assumant la culture Africaine dans toutes ses dimensions fera de tout Africain une valeur ajoutée pour le continent. Ces théories prônent l’acceptation des valeurs ancestrales. Ce qui facilitera la mise en place d’un système qui allie mode vie et dans ce monde que nous vivons. En somme, identifier les legs de nos ancêtres qui cadrent de ce monde tout en ne réfutant les connaissances externes. Il faut procéder à ce que Ouédraogo appelle le « saloplégalisme », user des failles du système en place pour une mise en place un système hybride prenant en compte les réalités locales et globales. Pour clore cette partie je m’alignerais à cette assertion de Ki-Zerbo, « …le défi et l’en jeu c’est pour chaque communauté qui en a la responsabilité imprescriptible, de forger de nouvelles synthèses, de nouvelles cohérences et compatibilités : entre l’extérieur et l’intérieur, entre le particulier et l’universel. L’universel…[est]…le mariage fécond de ce qu’il y a de meilleur… ». En d’autres termes changer, restructurer le système éducatif n’aura aucun impact tant que la culture n’y est pas incluse. Car étant le catalyseur des attitudes face à la réalité.

NB : celui/celle qui s’attendait à avoir toutes les informations claires sur « éducation et chômage » dans cette ébauche s’est gouré. Ce qui a été explicité n’est autres que des théories sociologiques contradictoires (reproduction sociale et rationalisme individuel) sur l’éducation moderne et par ricochet son corollaire l’insertion professionnelle. Avant de clore avec une piste de recherche pour juguler les problèmes du système éducatif burkinabè.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Inscris-toi à notre Newsletter!

Nous te tiendrons informés de nos activités par email!

Un petit mail bien sympathique reprenant l'essentiel de nos activités.

Promis pas de spams! Tu recevras un mail environ tous les deux mois!

Nous aussi on n'aime pas se faire bourrer nos boites mails, donc on le fait avec modération!

PROMIS!!!

You have successfully subscribed to the newsletter

There was an error while trying to send your request. Please try again.

Miirya will use the information you provide on this form to be in touch with you and to provide updates and marketing.